Thomas Sotto Morning routine !

Figure reconnue du paysage médiatique français, Thomas Sotto a su imposer au fil des années un style à la fois rigoureux et accessible. Passé par la télévision, où il a notamment marqué les matinales d’information, il a choisi de revenir à un exercice plus intime et exigeant : la radio. Au micro de RTL, il orchestre chaque matin une mécanique bien huilée, entre décryptage de l’actualité et rencontres avec celles et ceux qui font le débat. Dans un paysage médiatique en pleine mutation, il incarne une voix mesurée, attentive, et profondément ancrée dans son époque.

Après vos années marquantes à la télé, l’image vous manque-t-elle ?

Non, car elle est partout, omniprésente. Nous vivons dans un monde où tout est image, à la télé, à la radio, sur les réseaux sociaux, dans la vie.

Faire de la radio, c’est donner des images à voir, à travers les mots, les ambiances, les respirations, les silences. Et bien sûr, ce que peut transmettre une voix, qui au gré des habitudes de l’auditeur, va habiter son quotidien et pénétrer son intimité. Celle du matinalier se permet beaucoup. Elle est presque intrusive ! Elle se fait une place dans la maison. Elle est la première qui vient chatouiller vos oreilles, avant même que la journée ne commence vraiment. Et quand on écoute la radio, on se crée ses propres images.

Vous sentez-vous plus libre à la radio ?

Que ce soit à la télévision ou à la radio, je me suis toujours senti absolument libre. La différence tient peut-être à l’absence de filet, dès lors que l’on se retrouve seul face à un micro. Les mots y sont sans doute plus puissants et nécessairement plus “entendus” quand on ne dispose pas du support d’une image, dont la force peut tout emporter sur son passage, générer une forme de sidération voire rendre muets les mots qui l’accompagnent pour expliquer, décrypter, mettre en perspective.  Mais si votre question sur la liberté concerne la liberté éditoriale (et son corollaire, souvent fantasmé, que l’on nomme “censure”), je veux dire très clairement qu’en 30 ans de métier, que ce soit dans le service public ou dans le privé, personne ne m’a jamais interdit ou imposé un sujet. J’ai pu me tromper dans certains choix, certaines interprétations, ne pas poser toujours les bonnes questions. Mais cela aura relevé de ma responsabilité et jamais d’un oukase venu d’ailleurs ! Je ne dis pas que les pressions n’existent jamais. Je dis que l’on a la chance, dans notre pays, de pouvoir y résister. Réjouissons-nous qu’en France, la liberté de la presse reste une valeur cardinale. Mais préservons-la toujours car elle demeure un trésor fragile.

Est-il toujours facile d’interviewer vos invités quels que soient les sujets ?

L’interview est une mécanique fragile qui relève d’une forme d’alchimie entre la personne qui pose les questions, celle qui y répond, le moment auquel cela se fait et tant d’autres facteurs. Elle n’est jamais un chemin linéaire. On la prépare mais on ne sait jamais à l’avance où elle peut nous mener. C’est aussi ce qui fait son charme ! Son carburant premier, pour la faire avancer, est le travail en amont. Elle est aussi un moment “à vif”, de tension voire de stress, notamment pour la personne en face de moi, qui parfois, joue gros. Elle demande beaucoup de concentration aussi et vous pompe beaucoup d’énergie. Mais attention il ne faut jamais se croire sur un ring de boxe ! Et toujours garder en tête que les réponses sont infiniment plus importantes que les questions. Sinon on ne parle plus d’interview mais de débat. Voire de foire au blah-blah. Et alors le journaliste sort de son rôle. Je vais vous surprendre mais les interviews les plus difficiles pour moi sont celles de mes idoles revendiquées ! Roger Federer, Pierre Richard, Véronique Sanson, Michel Platini, entre autres. Car au souci de poser les bonnes questions, y compris celles qui peuvent fâcher, se mêle alors la peur de les décevoir. Cela étant, quand je suis en mode “groupie”, je ne le cache surtout pas à l’auditeur ou au téléspectateur. Je préfère l’embarquer dans mon jeu ! Question de transparence, question de confiance.

Ressentez-vous une évolution dans le climat des échanges à l’antenne ?

Avec certains politiques, sans doute oui. Ils ont acté le fait que le “bruit” de l’interview sera au final plus porteur pour eux que le fond de leur propos. Alors ils cherchent l’incident, le clash. Bref, tout ce qui “fera vivre” leur passage à l’antenne, particulièrement sur les réseaux sociaux. Je crois vraiment qu’ils peuvent rendre fou ! Le miroir égotique qu’ils tendent à chacun d’entre nous me laisse songeur… D’autres ont un rapport à la vérité de plus en plus élastique. Le “plus c’est gros plus ça passe” ne date pas d’hier. Mais il semble avoir de plus en plus d’adeptes…

Le rythme quotidien du direct vous pèse-t-il parfois ou reste-t-il votre moteur ?

Les news et le direct au quotidien sont deux drogues dures très douces. Ils génèrent une adrénaline incomparable ! Je finis la semaine sur les rotules mais j’aime ce rythme, qui exige néanmoins une grande hygiène de vie. Moi qui me suis longtemps rêvé champion de sport, je me console en me disant que je dois me préparer comme certaines de mes idoles. Même si je me suis résigné : même en me couchant tôt et en restant sobre comme un chameau, je ne gagnerai jamais Wimbledon ni la Coupe du Monde de foot !

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Oulala… On est souvent très mauvais juge de soi-même ! Disons que jusqu’à maintenant je me suis toujours amusé et que j’ai pleinement conscience d’être un privilégié en exerçant un métier que j’ai choisi et que j’aime. Mais rien ne m’a été livré par le Père Noël ! Il y a dans ce parcours beaucoup de travail, de détermination, d’enthousiasme. Mais aussi ce petit zeste de chance qu’il faut savoir saisir quand il vous tend la main. Mais bon, je veux bien que vous veniez me reposer la question dans vingt ans, car j’espère que l’heure de l’inventaire n’est pas encore venue. Et pour tout vous dire, j’ai encore l’impression d’apprendre chaque jour ou presque !

Quels sont vos projets ou envies pour la suite ?

J’ai fait mienne cette petite phrase de Jean-Jacques Goldman, qui ouvre tous les possibles dans sa chanson “On ira” : “Il n’y a que les routes qui sont belles. Et peu importe où elles nous mènent…” Mon problème n’a jamais été le manque de projets mais le manque de temps. Donc mon premier objectif est de ne pas vieillir trop vite, pour avoir le temps de tout faire. À la radio, à la télé et ailleurs ! J’ai aussi comme projet décalé d’ouvrir un petit resto grec… Mais ça, c’est une autre histoire !

Que pourriez-vous souhaiter aux lecteurs de LiFE Magazine ?

Je leur souhaite d’avoir une bonne literie… Car il faut être en pleine forme pour profiter pleinement de la vie. Parole de matinalier ! (sourire)