François Berléand et Max Boublil, unis par l’amour du cinéma et du théâtre, se retrouvent sur scène dans « L’Expérience Théâtrale », une comédie de Laurent Ruquier, à l’affiche au Théâtre de la Michodière à Paris avant une tournée en province de septembre à décembre 2026. Entre humour, complicité et plaisir du jeu, ils évoquent leur parcours, leur rapport à la scène et la joie de partager aujourd’hui les planches. C’est avec grand bonheur que nous les retrouvons et qu’ils se confient aux lecteurs de LiFE Magazine.
Vous venez de générations artistiques différentes, comment ce contraste a-t-il enrichi votre collaboration sur « L’Expérience Théâtrale » et votre façon d’aborder le texte de Laurent Ruquier ?
Max Boublil : Le but du jeu était de jouer justement sur ce contraste de génération, on a d’ailleurs demandé à Laurent de rajouter des joutes sur ce thème. Laurent a donc aussi beaucoup adapté le texte pour nous deux.
François Berléand : Je ne pense pas que ce soit une question de génération, mais plutôt une question de théâtre. Je suis avant tout un comédien de théâtre, j’en ai fait beaucoup, tandis que Max vient du stand-up. De ce fait, les répétitions ainsi que les cinq à dix premières représentations ont été un peu particulières pour moi, car il ne respectait pas toujours le texte à la lettre. Pour ma part, je suis habituellement très précis, mais cette collaboration m’a finalement permis, non pas de faire du stand-up, mais de ne plus du tout être gêné face au public lorsqu’il s’agit d’improviser. Il y a deux ans, j’ai interprété sur scène les sketchs de Poiret & Serrault, qui comportaient déjà une certaine adresse au public. Cependant, L’Expérience Théâtrale m’a vraiment permis de lâcher prise, tant par rapport au théâtre lui-même qu’à la notion de « théâtralité ». Cela m’a fait énormément de bien.
Par ailleurs, après chaque représentation, Max et moi prenons le temps de faire un petit débriefing : je peux lui dire « tu aurais dû faire ci ou ça », tout comme il peut me faire des retours. C’est également très enrichissant de ce point de vue.
François, après une carrière riche sur scène et à l’écran, et Max, avec votre parcours entre humour, cinéma et one-man-show, qu’est-ce qui vous a donné envie de remonter ensemble sur les planches pour cette pièce ?
M.B. : Quand Laurent m’a parlé de cette pièce, on s’est tout de suite dit que François serait le meilleur acteur pour interpréter l’autre rôle…Au début Laurent n’osait pas lui demander, c’est moi qui l’ai poussé à envoyer un message à François…
F.B. : Le fait que nous soyons tous les deux sociétaires des Grosses Têtes et que nous ayons déjà été réunis à plusieurs reprises a joué un rôle. Nous nous sommes ensuite rencontrés autour d’un sketch qu’il avait écrit pour Canal+, et j’ai trouvé cela très amusant, car son univers humoristique se rapproche du mien, sans pour autant lui correspondre totalement.
J’apprécie particulièrement son humour décalé, et l’humour en général d’ailleurs : j’adore rire. Même si je ne connais pas très bien les stand-uppers, car ce n’est pas tout à fait mon univers, je m’intéresse toujours dès que je découvre un nouvel humoriste.
La pièce joue beaucoup avec les codes du théâtre et l’interaction avec le public. Qu’avez-vous appris l’un de l’autre en jouant dans cette mise en scène immersive et parfois inattendue ?
M.B. : Moi j’ai appris plein de nouvelles choses sur le théâtre comme : « Jardin » et « Cour », que je n’avais jamais compris ou encore l’origine de « faire un four », ou même le fameux « merde ! » que se disent les comédiens avant de rentrer en scène.
F.B. : J’ai véritablement appris le lâcher-prise grâce à Max. Je ne le connaissais pas très bien au départ, mais avec l’expérience, une façon élégante de dire que j’ai de la bouteille et surtout un certain âge, il y a aussi une forme de respect dû aux anciens que Max a naturellement. J’en joue d’ailleurs parfois un peu, je dois le reconnaître. Je profite de cette sorte d’autorité naturelle et de mon âge pour le taquiner. (rires) Lui y croit dur comme fer, alors que c’est évidemment de l’humour… mais il ne le sait pas.
Le Théâtre de la Michodière célèbre son centenaire avec ce spectacle. Pour vous, qu’est-ce qui fait que le théâtre est toujours un espace indispensable aujourd’hui, malgré les évolutions du spectacle vivant ?
M.B. : Je trouve qu’avec l’avancée de l’IA et tout ce que proposent les plateformes, les gens cherchent de plus en plus le « live », le vivant…Les concerts ou le théâtre n’ont jamais drainé autant de public.
F.B. : Le théâtre, l’opéra, la danse… ce n’est pas la même chose que de voir un spectacle au cinéma ou à la télévision. Pour moi, rien ne remplace le spectacle vivant. Je suis comédien : je pourrais passer toute une vie sans faire de cinéma, cela ne me poserait aucun problème. En revanche, une vie entière sans théâtre m’est inconcevable. D’ailleurs, à une période où j’ai été très pris par le cinéma, dans les années 2000, après avoir reçu un César du meilleur second rôle, je n’ai pas fait de théâtre pendant quatre ans. À ce moment-là, je n’ai pas fait de burn-out, mais je n’en étais pas loin, presque en dépression. J’ai fini par comprendre que cela venait du fait que je ne faisais plus de théâtre. Dès que j’ai repris, ça a été une véritable révélation :
« Wahoo ». J’ai besoin du public.
Le cinéma reste-t-il pour vous un terrain de liberté, malgré les mutations de l’industrie et des publics ?
M.B. : Ce qui est formidable au cinéma, c’est qu’il y a malgré toutes les contraintes, toujours un côté artisanal, tu peux rêver d’une histoire et la concrétiser sur grand écran, ce qui est moins le cas de la télé ou des plateformes qui doivent donner à leur public exactement ce qu’il recherche…
F.B. : Le cinéma peut constituer un espace de liberté politique, comme on le voit notamment avec le cinéma iranien, ce qui est particulièrement intéressant. En revanche, je ne pense pas que ce soit un véritable terrain de liberté pour les acteurs : c’est un cadre très contraint. D’abord, on est littéralement
« cadré » on ne peut pas sortir du champ, sinon on disparaît de l’image. Ensuite, on dépend énormément du montage : même si l’on a livré une performance extraordinaire, si elle n’est pas retenue, elle n’existe tout simplement pas.
Il y a aussi ces plans volés, propres au cinéma, qui échappent parfois aux comédiens. À l’époque de la pellicule, il arrivait que l’on coupe la scène sans arrêter la caméra, en la laissant tourner pour capter autre chose.
Et il arrivait que ces images-là se retrouvent finalement dans le montage.
Si vous deviez définir en une phrase ce que vous espérez que le public retienne après avoir vu « L’Expérience Théâtrale », que diriez-vous chacun ?
M.B. : Les gens disent beaucoup à François Berléand, qu’ils le trouvent beau… Il faut avoir vu la pièce pour le comprendre…
F.B. : Je crois qu’on ne retient pas forcément grand-chose en sortant du spectacle (rires). Beaucoup de professionnels me disent que cela fait penser aux Impromptus de Molière : il n’y a pas véritablement de trame, mais plutôt un enchaînement de sketchs, drôles, sans lien direct entre eux. Il n’y a pas de véritable fil conducteur. Ce que le public peut garder en mémoire, ce sont certains éléments autour du « Jardin » et de la « Cour », l’histoire des trois coups ou pourquoi on se dit « merde ! » avant une représentation plutôt que « bonne chance ». Beaucoup d’anecdotes liées au théâtre y sont expliquées.
Ce qui est formidable également, c’est le côté interactif avec le public. Pendant les improvisations, Max demande souvent à deux personnes assises côte à côte si elles sont ensemble et moi je fais la même chose avec deux personnes placées à l’opposé d’un rang. Évidemment, la réponse est généralement négative pour moi… mais hier, à la question « vous êtes mariés ? », ils ont répondu « oui » ! Les deux personnes interrogées étaient réellement ensemble alors qu’elles étaient assises à l’opposé ! Cela donne lieu à de très belles improvisations et c’est précisément ce que permet ce spectacle.
Que pourriez-vous souhaitez aux lecteurs du LiFE Magazine ?
M.B. : Une belle année et un monde sans drame, ça serait pas mal…
F.B. : Un peu de Paix avec un grand P.




